Le réemploi : vers un 360 de la circularité

Emma NORTH

Le réemploi dans le BTP est encore trop souvent confondu avec le recyclage, alors qu'il s'en distingue fondamentalement : là où le recyclage transforme physiquement ou chimiquement un matériau pour en produire un nouveau et la réutilisation utilise un produit pour un usage différent ou modifié, le réemploi consiste à réutiliser des matériaux, composants ou produits de construction à l'identique, sans aucune transformation. C'est précisément cette absence de traitement qui lui confère une empreinte carbone bien inférieure, mais aussi des exigences fortes en matière de traçabilité et de qualité. Aujourd'hui, le potentiel de réemploi est estimé à moins de 1 % du gisement total de déchets du BTP, soit environ 240 millions de tonnes par an, révélant un manque criant de filières structurées.
Depuis 2010, la réglementation se structure progressivement autour de ces enjeux, avec des jalons successifs - loi de transition énergétique, RE2020, CSRD, obligation du PEMD pour les chantiers de plus de 1 000 m² - qui témoignent d'une prise de conscience croissante. Si les premières marketplaces françaises sont apparues dès 2016 et que des initiatives collectives ont émergé autour de 2020, le secteur entre aujourd'hui dans une phase de remise en question de ses modèles économiques, poussé vers une vision plus globale intégrant éco-conception, réemploi, recyclage et réutilisation.
Cette transition vers un « 360 de la circularité » s'articule autour d'une hiérarchie stratégique claire, inspirée de la norme internationale PAS 2080 : éviter la demande en priorité, réduire les quantités de matériaux neufs, optimiser la performance des matériaux réemployés, et enfin compenser les émissions résiduelles. Appliquée au réemploi, cette approche valorise la réutilisation des matériaux comme levier de performance à la fois environnementale et économique. Trois freins majeurs subsistent cependant sur la voie de l'industrialisation : l'assurabilité des matériaux réemployés, l'industrialisation des filières, et la logistique encore peu structurée.
« En tant qu'assureur spécialisé des professionnels du BTP, notre regard est à la fois ancré dans le terrain et tourné vers l'avenir. Le réemploi est une réponse à ces enjeux, mais il soulève aussi des incertitudes. Avant tout, il n'existe pas de référentiel adapté à la diversité des matériaux réemployables. En effet, les matériaux utilisés doivent être qualifiés, adaptés, mis en œuvre selon des normes, une réglementation, un système normatif très éprouvé. Or, ces normes ne prennent pas encore en compte les spécificités du réemploi. Avec vous, nous avons besoin d'échanger au cas par cas car c'est cela qui nous permettra, demain, d'ouvrir les choses de manière automatique. Nous ne sommes pas un frein à l'innovation, bien au contraire. Et c'est ce que nous sommes en train de bâtir avec certains d'entre vous. » – Audrey HADDAD – Directrice Grands Comptes Entreprises, SMA BTP.
Face à ces défis, l'écosystème des Labs Impulse rassemble des solutions innovantes couvrant l'ensemble de la chaîne de valeur : des plateformes facilitant le réemploi et la traçabilité des matériaux, des solutions de réemploi valorisant les démarches responsables sur chantier, des outils de tri des déchets pour réduire les coûts et l'impact environnemental, ainsi que des matériaux issus du recyclage permettant une industrialisation à grande échelle.
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