Adaptations (4/8) - L’énergie : quelques pistes de solutions

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a) La sobriété, premier vecteur de la résilience
La sobriété constitue la première ligne de défense face aux risques d’instabilité du système énergétique. Réduire la consommation d’énergie permet non seulement d’alléger la pression sur les réseaux et les ressources, mais aussi de renforcer la souveraineté et la sécurité d’approvisionnement.
Depuis une dizaine d’années, d’importants efforts ont été réalisés dans les secteurs du bâtiment avec les réglementations thermiques dans le neuf et les efforts de rénovation du parc existants mais ceux-ci doivent encore s’amplifier et se massifier.
Dans l’industrie, l’optimisation des procédés et la digitalisation (capteurs, supervision en temps réel, maintenance prédictive) ont permis d’importantes économies d’énergie. Une piste majeure pour aller plus loin est la récupération de chaleur fatale, c’est-à-dire la valorisation de la chaleur issue des procédés industriels ou des data centers.
Cette chaleur, aujourd’hui souvent perdue, peut être réinjectée dans des réseaux de chaleur urbains, ou utilisée pour le **préchauffage **de fluides ou de bâtiments. L’ADEME estime qu’en France, plus de 100 TWh par an de chaleur fatale pourraient être valorisés, soit l’équivalent de près de 10 % de la consommation totale de chaleur du pays.
La startup française Water Horizon propose une solution intéressante pour valoriser la chaleur fatale.
Elle a développé une technologie de batterie thermique mobile (ou « thermal battery ») capable d’absorber cette chaleur perdue, de la stocker chimiquement sans pertes, puis de la redistribuer sous forme de chaleur ou de froid dans un autre lieu ou un autre moment. Concrètement, une usine ou un data center peut charger la batterie à partir d’une source de chaleur à partir de ~50 °C, puis cette batterie mobile est acheminée vers un site consommateur (réseau de chaleur, centre logistique, etc.) pour y être déchargée.
b) Résilience systémique : diversification, stockage, effacement, pilotage
Rendre le système énergétique plus robuste passe par la combinaison de plusieurs outils : la diversité des sources, le stockage, l’effacement (modulation de la demande) et un pilotage intelligent. Plusieurs acteurs français proposent aujourd’hui des solutions concrètes sur ces fronts.
Sur le pilotage intelligent couplé au stockage, EDF / Agregio Solutions propose un **EMS (Energy Management System) *implémenté pour piloter en temps réel des sites hybrides (panneaux photovoltaïques, batteries, bornes de recharge, etc.). Ce logiciel coordonne l’ensemble des équipements, ajuste les usages selon les prévisions météo et de prix, et permet d’optimiser la consommation, l’autoconsommation ou la revente.
Concernant l’effacement, la startup Enerdigit, accréditée par RTE, se positionne comme opérateur d’effacement pour les industriels : elle leur permet de réduire temporairement leur consommation sur demande du réseau et d’être rémunérés pour cette flexibilité. En 2024, la société a mené une levée de fonds de 40 millions d’euros pour renforcer ses capacités dans ce secteur, soulignant ainsi l’importance croissante de ce service dans le futur mix énergétique.
En cumulant effacement, stockage et pilotage, ces solutions apportent de la souplesse au système et constituent des alternatives moins coûteuses que l’installation systématique de nouvelles centrales de pointe. Il s’agit là d’un exemple inspirant d’adaptation qui par une combinaison de solution technologique et d’un modèle économique novateur permet de déployer des amortisseurs efficaces pour renforcer la résilience de notre système énergétique.
c) Résilience locale : de la stratégie au terrain
La résilience énergétique se joue in fine au niveau local. C’est là que la cohérence territoriale, la proximité entre producteurs et consommateurs, et la capacité à mobiliser les acteurs locaux prennent tout leur sens. L’exemple de Montpellier offre une illustration tangible de ce que peut être une stratégie locale intégrée.
La métropole a par exemple mis en place un cadastre solaire en ligne, qui permet à chaque propriétaire, promoteur ou collectivité de connaître le potentiel photovoltaïque de leur toit et de chiffrer les gains potentiels. Cette démarche facilite le développement de l’autoconsommation collective ou individuelle, en réduisant les barrières d’information et vise ainsi à maximiser l’usage de la ressource solaire locale.
Parallèlement, la métropole s’appuie sur Énergies du Sud, une filiale énergétique locale, pour piloter la diversification énergétique sur le territoire : montage de projets photovoltaïques, raccordements, solutions sur mesure pour les quartiers ou les collectivités. Ce modèle permet de mobiliser les ressources locales, d’impliquer les acteurs du territoire (municipalités, bailleurs, entreprises) et de renforcer la souveraineté énergétique.
Enfin, le** Schéma Directeur des Énergies** de Montpellier fixe les orientations stratégiques : garantir la continuité d’acheminement, densifier les réseaux de distribution locaux, identifier les zones favorables aux boucles locales d’énergie (réseau de chaleur, micro-grids, stockage distribué), et intégrer les solutions de flexibilité.
L’exemple des actions menées par Métropole de Montpellier illustre comment une collectivité territoriale peut agir sans attendre les grands opérateurs : elle construit progressivement une architecture énergétique robuste à l’échelle du territoire, réduisant ses vulnérabilités face aux chocs exogènes.